15 mai 2500 – Dans les sous-sols de Saturnia

Ce jour là, exactement 250 ans sont écoulés sous terre. 250 années depuis qu’une terrible guerre sans armes a commencé. Depuis toutes ces années, sous la terre nous sommes. On y vit plutôt bien, mais le soleil manque. Alors, on invente des moyens de le faire briller dans tout le réseau de galeries mais ce n’est pas toujours évident.

Après tout, ce n’est pas comme si on a fait plein d’expériences qui ont mal tournées sur moi… Transmutation en loup, entre autres, mais echec et ADN corrompu, alors je suis mi-humain et mi-loup…

15h00. Le président Stalinikov nous annonce que l’amée adverse menace de mettre en œuvre ses plans militaires bien rôdés. Je prends peur. Je continue d’écouter. Je perds mes moyens. Le cœur s’emballe dans le profond silence de la voix du président. Et il reprend « Nous enverrons l’arme Solalare pour en finir avec les négociations et la guerre ».

Mes yeux deviennent gris de peur. Ce n’est pas comme si j’avais une belle armure ou je ne sais quoi. L’arme Solalare est vraiment puissante et personne ne peut y survivre ; elle accumule la puissance de deux soleils qui se posent sur la planète. Je ne sais plus que faire. Je me précipite dans la galerie 412.

15h15. Je reçois un message comme quoi j’ai été choisi par la Machine pour entrer dans un abri qui me protègerait. Je me rends au labo pour voir ce que ça donne. Destination galerie C615.

16h30. Une vraie galère le transport. Des câbles ont encore été sectionnés durant mon petit voyage à travers les galeries.

16h45. J’entre dans le labo. Je vois l’espèce d’œuf qui me servira d’abri. L’objet est imposant. On dirait qu’il est fait métaluranium. Un alliage très résistant découvert il y a une centaine d’années. On préparait l’intérieur de l’habitacle depuis quelques heures apparament. Certains s’affairaient de tester le système de refroidissement qui refroidit près du zéro absolu. D’autres préparaient l’intérieur de cet œuf. 20h00. Je me couche sur un lit médical et un liquide verdâtre est administré…

21h00. Le liquide prend effet. Le monde tourne… Je perds la notion de l’espace, puis du temps… Je sens quelques vibrations. J’entends encore quelques sons et quelques paroles… La conscience se perd progressivement… Je sens que mon armure est enlevée, je ne bronche pas. Bien trop faible pour résister. Les yeux se ferment péniblement… On me met dans l’abri. Le voyage dans le temps a commencé.

Mot de la part de Olinakovich : 04h55 celle qui devait te rejoindre n’a guère voulu savoir quoi que ce soit. Tu seras donc seul… Seul au monde. Peut-être pas. Je ne sais pas de quoi le futur se constitue…

Ce que je sais, c’est que nous avons pris soin de mettre tout ce qu’il te fallait à ton réveil : ton armure que tu aimes tant, la machine à faire de la nourriture, quelques armes au cas, des photos qui te sont chères, les objets auquels tu y tiens tant, etc.

Mais bonne chance en tout cas et bon réveil dans un monde qui te sera inconnu.

Olinakovich.

16 juin 902’500 – Lieu inconnu

Approx. 8h30. Je me réveille après une apparente nuit de sommeil. La lumière m’éclate dans les yeux. Heureusement, elle s’est éloignée par la suite. Me réveillant d’un sommeil sans précédent, les yeux reprennent de la couleur : leur teint vert habituel. La vue se fait plus nette et la couleur revient. Quand j’ai vu de vagues formes humaines m’encerclant, j’ai tout de suite fermé les yeux virés au gris, encore un peu faible pour me battre.

Je ne comprends rien de ce qu’ils racontent. Tous les mots me sont inconnus. Ai-je perdu les connaissance de ma langue maternelle durant ce voyage ? Suis-je devenu fou ? Seule l’intonnation douce de ces hommes a pu m’assurer que j’étais en sécurité. Alors, j’ouvre les yeux qui reprennaient leur teint vert.

Si leur langue m’est inconnue, alors la mienne leur est aussi inconnue. Mais tentons quand même. Je leur ai demandé un peu de nourriture. Le dialecte de la langue est tellement étranger au leur que le mot peine à passer. Je les vois équarquiller. Et si j’étais dans une autre civilisation ? Le questionnement incessant me tourmante.

22h00. Je me suis familiarisé avec ces étrangers. Devrais-je dire que je suis l’étranger de leur monde ? Certainement. Je suis le seul de ma civilisation. La note qu’a inséré Olinakovich dans mon journal avant son grand départ me touche beaucoup. Ce sentiment d’avoir un apprenti qui t’écrit une chose pareille… C’est juste indescriptible. Je pense qu’ils auront fait une dernière photo des laboratoires de Saturnia pour que je puisse la mettre quelque part. C’est… Je n’arrive pas à croire que je suis en train de pleurer d’émotions.

Seul au monde, mais physiquement pas le seul au monde. C’est paradoxal, je le sais bien.

22h15. Une personne est venue auprès de moi pour voir ce qui se passe. J’étais un étranger, un visiteur d’un futur lointain. Les mots ne passaient pas encore, mais qu’importe. Les Staturniarains sont là, dans mon journal de tous les jours. Leurs écritures est inscrite sur le papier du journal. C’est comme s’ils étaient là, à m’écouter.

Les yeux se ferment. Un autre jour se prépare à l’abri des regards.


Voici donc la fin de la première partie d’une série de posts du mercredi fiction. Si certains n’ont pas pu le remarquer, cette histoire est fortement inspiré du livre « La nuit des temps » de Barjavel.